Apprivoiser ses peurs

Il faudrait commencer par arrêter de fuir son ombre sachant qu'elle nous suit partout on l'on va.
Cesser de se craindre soi-même car en s'éloignant de soi, on fuit qui on est.
On ne cesse de fermer nos oreilles à ce qui nous dérange, en premier lieu à ce qui est en nous et qui n'est pas en paix.
Il faut d'abord reconnaître ses démons pour pouvoir évoluer. Trop souvent, ce premier pas dans le silence nécessaire est impossible, alors on se plonge dans le bruit et la vitesse de la vie. Cette vie extérieure, étrangère, nous évite toute confrontation avec la nôtre. On évite délibérément ce face à face avec cet autre qui n'est que nous-même. Nous étouffons notre voix intérieure. Nous réprimons tout ce qui pourrait perturber l'idée que nous nous faisons de l'existence.
Ainsi, vivre serait ne plus penser car on serait sourd à ce qui nous entoure. On ne veut pas penser à nos problèmes, à nos douleurs à tout ce qui ne trouve pas de réponse immédiate. On relègue tout cela au grenier car maintenant on veut "vivre" et "profiter de la vie".
En niant le mal, en refusant de voir les problèmes, nous les maintenons présents dans notre esprit et dans notre vie de tous les jours. Sans reconnaissance et sans acceptation, rien ne s'en va.

Le temps que nous croyons gagner sur notre peine, nous le perdons sur notre vie. Cela ne veut pas dire prendre du plaisir à se lamenter ou à faire souffrir son entourage en d'éternelles complaintes mais quand on refuse à vivre sa douleur, on ajoute à sa peine et on perd de sa force.
Nous créons un cycle de relations conflictuelles qui mènent à la solitude, à une solitude non désirée. La peur induit la doute et le doute amplifie la peur. Serons-nous heureux?
La souffrance que l'on évite, on finit par la subir: l'obsession de la peur est pire que ce que l'on redoute. Pensons-nous que nous ne méritons pas cette part de bonheur?

Le doute est aveugle à toutes les démonstrations d'amour, d'amitié. Rien ne rassure, toutes les tentatives échouent. Tous les sujets sont brûlants, la susceptibilité est à fleur de peau. On ne contemple que le manque et plus on se regarde, moins on s'aime. Si on recule face à l'adversité, au moindre obstacle, on perd l'estime de soi et la force de combattre ses démons. Plus nous avons peur de certaines situations, plus la propension est grande à les recréer. On induit chez l'autre la façon dont il nous traite.

L'autre ne peut donner que ce qu'on veut bien recevoir et la vie nous apporter à la mesure de notre ouverture d'esprit et de coeur. Qui se sent agressé, agresse en retour. L'agression est-elle réelle? La réponse est trop souvent démesurée. Il en est qui ne considère jamais assez ce qui leur est donné.
L'envie de vivre doit se cultiver comme un champ duquel il faut arracher les peurs et les doutes. Ne jamais être certain de la place qui nous est accordé ou le mal d'être mal-aimé nous mettent en sursis. La vie est là mais nous ne la voyons pas trop focalisés sur nos manques et la sensation de ne pas être acceptés.

Si nous sommes malheureux c'est que nous n'avons pas su nous écouter et respecter les engagements pris envers nous-mêmes.
Plus nous cherchons dans les yeux de l'autre cette confiance qui nous fait défaut, plus nous traquons le mot ou le geste qui contribue à nous faire douter. Même quand un autre croit en nous, on n'y croit pas.
On se heurte à des limites que l'on s'impose à soi-même, au mur créé par notre sentiment d'impuissance. On reste à la frontière de nos possibilités. Avons-nous tellement de temps à perdre que nous y consacrions tout notre espace de vie? Alors on a le "devoir" et non le "désir" d'être heureux. Mais du devoir, le plaisir est absent.

Plus on attend quelque chose, plus on réduit son champ de vision et limite sa capacité d'écoute. Dans la douleur de l'attente, nombreux sont ceux qui ne savent pas ce qu'ils attendent si ce n'est que la vie leur "doit" quelque chose. L'autre n'est donc pas vu ou perçu pour qui il est mais pour ce qu'il est en devoir d'apporter. Il y aura donc conflit, déception, sentiment de rejet et le cycle recommencera. La situation d'attente signifie que le bonheur doit toujours venir de l'extérieur de soi et cela est une magistrale erreur. Cela induit la dépendance et la passivité. On ne gère pas sa vie. On est donc déçu et frustré et puis on en veut à terre entière. C'est toujours à l'autre à faire les gestes, à soutenir, à donner des preuves alors même qu'il n'est pas toujours encouragé à le faire. Dans la peur d'être trahi, nous trahissons ceux qui croient en nous. Pour faire confiance aux autres, il faut se faire confiance.
Croyons à la meilleure part de nous-mêmes et avançons.
Il est important d'être à l'écoute de nous, non de ce moi orgueilleux et capricieux, malheureux. Si nous demandons, nous devons pouvoir écouter la réponse. Nous devons aussi pouvoir être en mesure de donner.

Nous avons tous une histoire et nous devons la vivre. Paix et joie nous aident dans à traverser la maladie, les angoisses, à recevoir l'aide des amis, de ceux que nous risquons d'ignorer.

Nous pouvons accéder à la meilleure part de nous, à plus de lucidité, de joie, de liberté de pensée et nous pouvons mettre notre propre beauté en lumière. Déployons nos ailes et envolons-nous.

Ce qui s'applique de façon individuelle, s'applique aussi au niveau de la société. Dans "Quand la terre tourne carré", nous le découvrons chapitre par chapitre au travers des comportements des groupes d'individus, des politiques, des médias, de divers organismes. Leurs comportements paradoxaux, égoïstes, en attente, peureuse et révoltée sans solution positive, font de notre société un endroit chaotique où nombre d'entre nous se perdent, crient sans s'entendre et se victimisent certains de leur bon droit.

Magy Craft

http://www.thebookedition.com/quand-la-terre-tourne-carre-de-magy-craft-p-95972.html












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