GAIA et la Constitution

Voici encore une affaire qui laisse votre Magy perplexe. Il s'agit comme toujours d'une demande qui part d'un bon sentiment mais qui plus complexe qu'elle ne semble soulève de nombreuses questions et constatations.

Fixons tout d'abord le cadre car votre Magy ne serait pas surprise qu'une grande majorité de citoyens ne soit pas au courant du projet.

GAIA demande l'inscription des animaux dans la Constitution belge mentionnant que les Constitutions allemande, luxembourgeoise et suisse mentionnent la protection des animaux.
La demande de GAIA vise non seulement la Constitution mais aussi le Code civil.

Comprenons que GAIA revendique d'inscrire dans la Constitution avant tout les espèces pour lesquelles la capacité d'éprouver de la douleur et de la souffrance ne fait aucun doute (ce qui inclut au minimum tous les vertébrés, les mollusques céphalopodes, et certains autres mollusques).
La demande d'aller au-delà du Code civil et de modifier la Constitution ferait des animaux une personnalité juridique.

Notons pour ceux qui ne le savent pas qu'une proposition dans ce sens a déjà été déposée et soumis à révision. Rappelons qu'en Belgique une majorité des deux tiers est suffisante pour modifier la Constitution, un referendum n'est pas nécessaire. Si ces deux tiers acceptent la révision de l'article 7 bis visé, la Constitution sera modifiée et les animaux deviendront une personnalité juridique.

Que penser de cela?

De prime abord, rien de dramatique. Le bien-être animal ne laisse que peu de gens indifférents. Et pourtant, en réfléchissant un tant soit peu, on peut arriver aux points suivants:

1) Dans la grande fièvre générale de la demande de participation citoyenne à notre démocratie représentative martelée tant par les citoyens que les politiques, nous pouvons être grandement surpris que des changements apportés à un acte législatif fondateur et donc terriblement important passent pratiquement inaperçus. Combien de modifications décisives ont-elles été apportées à notre Constitution sans que nous le sachions et dont pourtant nous sommes tributaires? Nous sommes confrontés comme à chaque fois à une contradiction entre le dire et le faire. Une organisation telle que GAIA devrait penser ses responsabilités dans une telle demande et les conséquences futures que cela pourrait entraîner hors du cadre qu'elle vise maintenant. Car il y a toujours demain ainsi que les déviants de notre société. Ce qui est gravé dans une Constitution est applicable par tous et peu importe leur mentalité et leurs desseins, le Code civil en est un exemple quotidien.

2) Cette modification de la Constitution est présentée comme une reconnaissance des droits des animaux visant à leur bien-être et à leur protection. Cela peut être considéré comme particulier en ce sens que la Constitution est un ensemble de règles juridiques qui s'applique à tous les citoyens d'un Etat. Devons-nous comprendre, dès lors, que les animaux deviendront citoyens de l'Etat puisque considérés comme une personnalité juridique inscrite dans la Constitution? GAIA justifie sa demande en mettant en avant que la Constitution possède un article mentionnant le droit à la protection d'un environnement sain dès lors pourquoi les animaux n'y ont-ils pas leur place? Pouvons-nous répondre que l'environnement sain concerne toujours la survie de l'espèce humaine. Cela ne veut pas dire que les animaux doivent disparaître, nous parlons d'un acte juridique écrit par et pour les humains vivant en société.

3) Que peut-il se passer si tous les vertébrés, les mollusques céphalopodes, et certains autres mollusques au minimum deviennent "personnalité juridique" dans la Constitution?
Se souvenir qu'une personnalité juridique est, en droit, une personne capable d'avoir des droits et des devoirs. Que c'est un individu né vivant et viable caractérisé par un nom, un domicile, un état civil et une nationalité. Plus généralisé c'est l'aptitude à être titulaire de droits et devoirs, une attribution juridique pour les humains et les personnes morales tels que les groupements (entreprises, associations, Etat et ses subdivisions).
Avec toute la bonne volonté du monde et tout l'attachement que nous portons aux animaux, il est bien difficile, même si nous leur reconnaissons intelligence et sensibilité, de leur faire partager et appliquer nos droits et devoirs.
Néanmoins, une fois inscrits comme tels dans la Constitution, sommes-nous certains que le but premier, celui de mieux les protéger, ne va pas à nouveau nous emmener sur des chemins tortueux? La revendication bien noble est d'obliger les pouvoirs législatifs et exécutifs d'adopter des lois et des politiques afin de protéger les animaux. Devenant une matière constitutionnelle les affaires/litiges pourraient être présentés devant la Cour Constitutionnelle. N'allons-nous pas conséquemment vers de grandes dérives? Les premières pensées vont certainement aux animaux familiers et à la maltraitance, à la manière dont certains sont élevés et abattus et ainsi de suite. Mais par après, jusqu'où cela pourra-t-il aller puisque les animaux, inclus les mollusques, seront constitutionnellement des personnes juridiques possédant des droits et des devoirs? Nous passerons le chapitre de leurs devoirs que la plupart auront sans doute du mal à définir, quant à leurs droits, on peut supposer que les végétariens, les végans et tous les dérivés (avec tout le respect que nous leur portons), feront fi des droits des omnivores et porteront devant la Cour Constitutionnelle le droit à la vie et à l'abolition de la peine de mort. Nous ne pourrons donc plus nous nourrir du bétail, de la volaille, des mollusques, etc.... Il est vrai que la mode est à la cuisine des insectes mais dès que ces derniers seront également inscrits dans la Constitution, l'être humain sera dans l'obligation de devenir herbivore sauf que son organisme (surtout son intestin) n'est pas fait pour ingurgiter seulement du végétal. On remplacera les éléments nutritifs nécessaires par des tas de pilules sans doute au profit de grandes multinationales. Que deviendront les fermiers, les éleveurs et les animaux eux-mêmes? Qu'en ferons-en nous? De quelle manière seront-ils régulés et selon quel financement, etc...?

4) Quel est le but ultime de cette incongruité? Sans doute de pouvoir régler un problème que nous sommes dans l'incapacité de régler avec du bon sens et nos lois actuelles. Il s'agit bien évidemment et comme toujours d'une histoire de religion. La liberté de culte est un droit constitutionnel. Nous savons tous que la religion musulmane pratique un rituel que nous trouvons cruel et contre lequel nous ne pouvons pas grand chose. L'animal comme personne juridique pourrait être défendu devant la Cour Constitutionnelle. N'est-ce pas risquer gros pour une histoire de religion à nouveau? Nous avons buriné nos monuments, modifié les noms de nos fêtes et maintenant devons-nous modifier à gros risques notre Constitution pour les adeptes d'une religion qui pourraient s'adapter non seulement à leur nouvel environnement mais aussi à l'évolution des mentalités. Nous ne reviendrons pas sur l'actualité.

5) Votre Magy souligne encore et toujours qu'avant d'agir il faut penser aux conséquences, à demain, à ces autres qui utiliseront les lois, les codes à leur avantage. Elle souligne aussi que toute vie à le droit de ne pas souffrir mais qu'avant de modifier la Constitution pour les animaux (des lois suffisent), notre énergie devrait se concentrer sur une moitié de l'humanité, les femmes, qui si elles sont inscrites dans la Constitution sont encore traitées comme du bétail voire moins si on juge les récents développements. Votre Magy se réfère à ces deux articles "Femme es-tu citoyenne à part entière" et " L'individu féminin, l'être déclassé de l'Occident" dont voici un extrait:

"(...) La loi sur la parité est une autre débilité due au manque de reconnaissance de l'individu féminin dans notre société occidentale. La situation s'est aggravée avec "la promotion de la diversité". C'est ainsi qu'en Occident le statut de l'être humain féminin a été inclus dans le cas des minorités ethniques et culturelles sans que ne réagissent aucune femme politique, aucune citoyenne, aucun organisme qui nous prend la tête constamment et encore moins Les Droits de l'Homme qui ont d'autres chats à fouetter.

Il est vrai que reconnaître la femme comme un être humain égal à l'homme avec les mêmes droits et les appliquer poserait un gros problème éthique quant à la façon dont nous considérons et traitons en général les humains dans notre société et de par le monde."

* Cette femme qui passe après les animaux et les prisonniers puisque Les Pays-Bas refusent le transfert-retour de 8 prisonniers belges vers la Belgique pour mauvaises conditions de détention durant les grèves!

Il est nécessaire que nous soyons attentifs à notre environnement et aux êtres qui peuplent notre planète. Nous devons surtout être attentifs aux êtres humains. Nous devons cesser de nous cacher derrière de multiples causes qui cachent l'essence même de nos erreurs. Et comme votre Magy répète encore et toujours, tant que tous nous pouvons accepter qu'en cette minute même des ethnocides et des génocides se déroulent pour des raisons économiques et territoriales par nos pays et nos entreprises, nous sommes et restons des gens du mensonge. Mentionner les animaux dans la Constitution n'y changera rien.

Magy Craft

ps: le chat est la réincarnation de l'âme féminine.




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