Pour ne pas finir

Pour l'année 2016, je souhaite partager cet extrait de mon premier livre "Quand la terre tourne carré". Puissions-nous apprendre de nos erreurs enfin, gagner en sagesse et nous élever vers cette humanité que nous prétendons détenir.

Bonne nouvelle année à toutes et tous,

Magy




"Extrait - Quand la terre tourne carré -  Thebookedition.com

Pour ne pas finir


On a parlé de l’Ame et du libre arbitre, ces petits plus qui font toute la différence. On a vu notre Homme-Samaritain dans tous ses états. On l’a vu victime et bourreau, avide et généreux, défiant le temps et brisant les liens familiaux, criant à la liberté tout en se soumettant à une dépendance étatique dans tous les domaines, dé-tricotant la société qu’il veut idyllique au nom d’idéologies et d’un égocentrisme paradoxal.

C’est comme être face à un mur et se demander si on va s’écrouler le dos collé à la paroi et attendre la fin, le contourner ou l’enjamber. Il y a plusieurs manières de se perdre ou de se retrouver. Tout est une question de volonté. On a toujours le choix. Il n’est pas nécessairement celui que l’on aurait souhaité, il n’est pas toujours facile mais il existe. Qu’est-ce qui nous mène un jour ou l’autre à nous sentir comme une coquille vide que la mer rejette sur le rivage tourmenté des lendemains de tempête ? Le sentiment, peut-être, de n’avoir jamais été empli « de soi », de s’être oublié.

De nos jours, c’est un devoir d’être heureux, en tous les cas l’image d’un bonheur que l’on se doit d’offrir aux autres, à l’extérieur. C’est une préoccupation humaine étendue à toutes les couches sociales et à toutes les générations et qui a su être très bien exploitée dans notre société hyper-moderne par un mouvement avide de pouvoir, dénué de scrupule, sans empathie et qui a dissocié l’âme du corps comme il a dissocié l’enfant du parent, l’individu de sa culture, l’humain de sa substance première. C’est alors formée cette société d’apparence et de mercantilisme où l’Humain est devenu aussi une marchandise. L’hédonisme est prôné à tout vent. Le bonheur serait donc la sacralisation du matériel ici bas. Consommer et jeter. Biens et personnes. L’individualisation outrancière dérivant vers un égocentrisme sans borne et une anesthésie des sentiments altruistes envers soi et les autres.

Le bonheur est avant tout un état d’esprit. Il y a beaucoup de volonté à être heureux.

Nous avions effleuré le thème du culte de l’éternelle jeunesse. Ce culte qui aujourd’hui a son Eglise et ses adeptes. A noter que là aussi on retrouve la notion de l’image, la notion du miroir qui renvoie un reflet déformé de soi. L’individu qui dépense son énergie à vouloir arrêter le temps, verse dans l’absurdité en oubliant que le mécanisme de destruction est enclenché le jour même de la conception. Il s’engouffre dans le déni de la réalité de la vie. Alors l’individu, bon produit économique de sa nouvelle Eglise, utilise tous les sacrements pour avoir vingt ans éternellement.

Et la nouvelle génération que nous avons croisée en chemin ? Le tout jeune individu ne grandissant plus vraiment auprès de sa mère ou au sein d’un groupe familial, d’une fratrie,  sera très tôt pris en charge par la société qui le prépare à une relation de groupe plutôt que familiale, à un sevrage parental précoce qui favorise une individualisation avec autonomie sans indépendance, à un manque d’amour et de respect à recevoir et à donner. Dans les pouponnières, derrière la vitre, c’est l’observation de notre futur, c’est déjà la séparation.

Le bonheur étant mesuré à l’aune des biens, l’apprentissage se fera dès le berceau par la surenchère matérielle dans la cour de l’enfant-roi. Cette surenchère sera la compensation inconsciente de la culpabilité du manque de temps passé avec l’individu-enfant. Culpabilité-surenchère, un duo provoquant de nombreuses dérives et un mal chez l’individu grandissant qui n’a pas reçu le cadre adéquat pour se définir en tant qu’Etre particulier.
L’individu-enfant poussé de plein pied dans l’usine de façonnage pour devenir un produit conforme aux normes de la société. On verra fleurir des petites Lolita concernées par la mode et les régimes ; encouragées par des mères et des pères angoissés par les premiers signes du temps qui passe. On rencontrera de jeunes garçons poussés vers une adolescence anticipée avant les premiers symptômes de la puberté. Dans les deux cas, ces individus ont déjà appris à soigner et à donner priorité à leur image, à favoriser le culte du paraître.

Pourquoi ne pas songer à vêtir son humeur plutôt que son image ou celle trop souvent qui nous est suggérée ? Ce vêtement là ne dépend pas de l’image qui nous impose de paraître. De l’image que l’on se doit de donner en société au risque de se faire exclure. Le culte de l’image, tout un programme ! Dans l’image, le moi reste figé, enserré dans les mailles trop étroites d’un pull rétréci. Dans le vêtement de l’âme, le moi respire. Il réfléchit et analyse, il fait sa propre synthèse car chaque jour il choisit sa coupe et sa couleur.

Vêtir son humeur, son âme car cela est plus personnel et plus intemporel. Il est important de faire la distinction entre l’image que l’on offre de soi et qui on est vraiment. En habillant son âme, on offre une vérité. En premier lieu, à soi-même. Préférons marcher sur la terre que naviguer sur un océan d’illusions.

C’est pourquoi ceux qui ne se remettent jamais en question, ne remettent jamais en question leurs propres responsabilités. Ils ne répondent pas de leurs actes. Or être responsable de soi et des autres, c’est savoir et pouvoir prévoir les conséquences des dits actes. Pour cela, il faut penser par soi-même.

Et voici que du cocon nait  l’ individu-adolescent. L’individu dans la phase de l’adolescence a donc déjà reçu ses premiers vaccins sociétaux et  son carnet est en ordre pour la seconde partie du voyage. Il a déjà appris qu’il veut vivre en s’amusant et tout oublier. Il a appris que ce qui prime ce sont les relations extérieures que l’on entretient avec les nouveaux moyens de communication n’importe où, n’importe quand. Il a appris que son image est essentielle et qu’il se doit d’afficher le bonheur et la réussite pour ne pas être exclu, pour faire partie des gagnants. Il a appris à être dans les normes. Tout doit être canalisé, contrôlé, identique. Surtout pas de vagues.

L’identification de l’individu-adolescent se fait au travers d’un groupe, d’une mode, d’un langage qui lui est propre, à ses codes de conduite. L’individu-adolescent évolue vers cette autonomie sans indépendance. Mal dans sa tête et dans son cœur, il se métamorphose en un produit malléable sans autonomie mentale. Privé de l’encadrement familial protecteur et vecteur de transfert de préceptes moraux, il se noie dans le bruit, les lumières, les faux amis, les acquis rapides, l’insatisfaction constante.
L’individu-adolescent en questionnement plongera dans l’anxiété, le doute, la souffrance, la solitude.
Car il ne faut pas oublier que derrière tout cela, il y a de la souffrance. Du côté de l’individu-adolescent bien sûr mais aussi du parent qui ne le comprend plus et le perd chaque jour d’avantage.

Celui qui souffre, non seulement a mal mais il se sent coupable d’avoir mal. Sa culpabilité ajoute à sa souffrance.

Et pourtant cette souffrance de l’individu est logique, nous l’avons constaté dans les divers paradoxes de l’Homme-Samaritain. En effet, dans cette société où toutes les ressources nécessaires sont données pour atteindre ce fameux bonheur, tout manquement, tout échec est considéré comme entière responsabilité de l’individu. C’est en tous les cas cette démonstration qui sera faite à l’individu-adolescent et qu’il devra intégrer et digérer. Or, une fois devenu individu-adulte, on va lui démontrer tout le contraire par de multiples systèmes de prise en charge puisque l’individu est autonome sans indépendance et tout cela en poursuivant le même système éducatif pour les jeunes individus. Il y a de quoi y perdre son latin !

Alors oui, l’individu a des droits mais il n’en a pas la maîtrise. Oui, l’individu obtient des « parts » de bonheur mais il ne se réalise pas à part entière.

L’individu-adulte modelé, assisté, angoissé, aveugle,  sourd et malheureux erre sur son chemin de vie comme une âme en peine. Il a tout, il n’a rien. L’individu se retrouve là, au milieu de tous ses beaux jouets, mais lui, il est tout cassé.

Oserions nous évoquer l’acte le plus vil de cette époque moderne. La « damnatio memoriae » envers les anciens de cette société aseptisée, jeune, rapide, bruyante, consommatrice, faussement moralisatrice pour se donner bonne conscience.

Ce qui est vieux est laid, périmé, décadent, inutile et doit impérativement être mis à l’écart. En définitive, ce n’est pas tant l’individu-ancien qui dérange mais ce qu’il représente. Il est le reflet de notre propre vieillissement, de notre propre mort. Il est l’envers de la médaille que nous portons. Il est le démon du nouveau culte.

La mort ne serait-elle pas la grande affaire de la vie de l’individu-adulte. Au point que ses angoisses se sont répercutées sur sa progéniture. Notre jeunesse décide en trop grand nombre de mettre un terme à son existence. Les épreuves seraient-elles plus dures, plus implacables qu’autrefois ? Certes non. Qu’avons-nous perdu qui ne nous permet plus d’affronter le difficile, de canaliser nos peurs, de trouver un refuge pour nos angoisses, de continuer à avancer cahin-caha mais avancer malgré tout. Parce que la mort a toujours été là, inéluctable, incontournable, n’épargnant personne.

Ne mettons personne à l’écart. Chacun de nous est une richesse, un messager. Et parce que la communauté des vivants garde une marque, toujours, même petite.

Malgré les avancées de la médecine et les crèmes en tous genres, le nouveau culte n’a pas tranquillisé l’âme de l’individu devant la mort car « l’éternelle » jeunesse n’est pas une garantie d’immortalité. Et oui, les Empires aiment se croire immortels mais il en est des sociétés humaines comme des humains eux-mêmes.

Cependant sous les assauts de la médecine, la mort, démystifiée est vécue comme une rupture de plus en plus insupportable. En oubliant ses anciens, sa culture et ses rites face à la mort, l’individu ne la considère plus comme une entité. On ne parle plus que de ses causes. On ne meurt plus « de la mort » mais du cancer, de la  mucoviscidose, … Il y a autant de causes que d’individus. Donc, l’individu-produit est même parvenu à privatiser sa mort, à en faire un combat individuel et la société à mettre l’industrie biomédicale à la disposition de tous.

Un terminus bien paradoxal avec le scénario de droit au bonheur, de jouissance illimitée de nos sociétés hyper-modernes.

Cette rupture avec la génération des anciens empêche le transfert d’un autre genre d’amour, de tendresse, de mémoire, de mémoire de l’âme. Les individus-anciens qui ont des choses à dire seront muselés, ceux qui ont des choses à transmettre seront amputés.

Si l’individu ne change pas sa relation au monde, il n’apprendra pas son nom. Il vivra dans la solitude. Une solitude non désirée.

Y a-t-il du bon sens à tout jeter pour mieux chiner ? Il nous faudrait revivre la quête de GILGAMESH ou relire son histoire pour mieux comprendre les riches enseignements et vérités qui y figurent. C’est un parcours initiatique par lequel Gilgamesh gagne en force, en compréhension et en sagesse. Il comprend que le seul moyen d’accéder à l’immortalité est de transmettre son souvenir aux générations futures.

Il est plus que temps de renouer en profondeur les liens entre générations qui comprennent la transmission de valeurs de qualité telles : le respect de soi et de celui des autres, de ce qui nous entoure, de l’amour de soi et donc des autres et donc l’annulation de l’égocentrisme exacerbé qui engendre une sécheresse de l’âme faisant de l’individu une créature vide dans une société aride.

C’est un rétablissement de longue durée. Rien ne réclame autant de sueur et de larmes que le changement des mentalités. Plongés dans ses convictions obscures l’individu est aveugle à la lumière de la de sagesse qui l’appelle. Il tente pourtant de s’en approcher en bâtissant des immeubles de plus en plus hauts. Mais seul son corps gravit les étages. Son âme se noircit et se perd à chaque niveau. Pour chaque étincelle, un homme-cage est fait prisonnier dans les nouvelles villes souterraines. Pour chaque nouvel ange, il y a un nouveau rat d’égout.

Son obscurité mentale l’entraîne vers l’obscurité réelle. L’individu finira par faire de la lumière du soleil un produit à vendre. Un produit cher à payer. Quel en sera le prix ? Son âme, que l’individu a déjà offerte en offrande sur l’autel des aberrations.

Il est temps que l’individu-produit redevienne un individu à part entière. Un être humain unique avec toutes ses spécificités. Que cet Homme soit en constant éveil et qu’il considère la vie comme la plus noble des conquêtes. Qu’il se définisse par l’autodiscipline, la volonté, la détermination, le choix, l’autonomie de pensée, la responsabilité. Qu’il soit à même de pouvoir se respecter afin d’avoir du respect pour son prochain. Qu’il réalise que les actes négatifs vécus et posés au sein d’un groupe, d’une famille sont les mêmes que ceux vécus et réalisés à l’échelle de la société, des pays, du monde. Nous ne sommes pas les anges bien-pensants que nous prétendons être. Seule une poignée se démène avec l’énergie positive comme une goutte dans l’océan. Recueillons cette goutte avant qu’elle n’éclate et n’ait pu délivrer son message."









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