De Cassius Clay à Muhammad Ali

Le décès de Cassius Marcellus Clay ne nous a pas échappé. Comme grande figure du monde de la boxe, il est normal que sa disparition provoque un grand émoi pour ses admirateurs et que la presse et les médias en parlent abondamment.

Ce n'est pas de la figure sportive que je parlerai, ni de la personne en tant que telle. Ce qui m'interpelle (à nouveau, comme je dois l'indiquer à chaque fois), ce sont les lacunes dans les articles de presse, dans les commentaires médiatiques ou encore les contradictions en général dans notre société.
Car Cassius Clay soulève par un autre pan de sa vie, un sujet qui me tient à coeur et sur lequel j'ai écrit mon dernier livre: Racisme - une idéologie de l'absurde.
Si on peut comprendre qu'il n'était peut-être pas aussi clair pour tout le monde de réaliser que nous sommes embrigadés depuis la naissance dans une idéologie absurde qui nous inculque qu'il y a plusieurs races humaines, il est difficile aujourd'hui d'accepter que cette idéologie se perpétue et continue à être enseignée à nos enfants et à être exprimée dans la presse, les médias, par les politiciens et par les organisations anti-racistes (qui donc reconnaissent la multiplicité des races). On constate et je l'ai démontré dans mon livre que le "racisme" sert de couverture à d'autres problèmes et que d'autres acteurs de la sociétés sont touchés en même temps que les dites "victimes".

On va le voir à nouveau, brièvement, au travers du parcours de Cassius Clay (comme cela aurait pu l'être au travers de quelqu'un d'autre).

 Si la carrière de Cassius Clay commence par la belle histoire du vélo volé qui l'a conduit dans l'apprentissage de la boxe, elle est en fait simplement l'histoire d'un gamin qui vexé et avide de vengeance se fait conseiller sagement par un policier de ne pas se battre et de plutôt d'abord apprendre à se défendre. Conseil mis en pratique immédiatement, avant la scolarité et une forme de défense pacifique, ce qui le mènera vers les rings, les coups et la gloire. Car l'obsession de Cassius à partir de ce moment et tout au long sa vie sera d'être le plus fort et de savoir comment battre un homme plus costaud que lui.

On ne perdra pas de vue que toute personne qui décède devient un saint. C'est comme ça. Il en est ainsi de Cassius Clay. On nous fera donc voir son côté émotionnel et ses larmes lorsqu'un adversaire le surnommera "le gorille" mais on passera sous silence que le boxeur Joe Louis devait subir, sous le règne de Cassius, les sarcasmes et les moqueries de celui-ci. Louis avait été le dieu, le père, le modèle, la référence de Cassius Clay.
Il voulait être un Dieu mais il était homme. Et il dira lui-même:
"Je n'ai pas peur de la mort. Je n'ai que faire de vos mines apitoyées, de vos allusions perfides à ma gloire défunte. L'adversité qui me frappe est la compétition ultime dont j'avais besoin pour démontrer que je suis toujours le plus grand, en même temps que le plus humble. Aujourd'hui, je veux juste mener une vie spirituelle. Je suis l'homme le plus riche du monde."(1988)

Passons aux premiers déplacements de Cassius à Rome avec son très catholique manager Angelo Dundee. A Rome, l'attitude de Cassius Clay n'est pas vraiment conforme à ses idées "d'anti-raciste" puisque rencontrant un Africain d'Afrique il se moque de lui de façon éhontée, le prend pour un sauvage et explique qu'en Amérique les "Nègres" ne vivent pas dans les arbres!
De retour au pays, il se fait remonter les bretelles, d'où l'autre légende qui fait croire qu'il aurait de rage jeté sa médaille d'or dans l'Ohio parce qu'on avait refusé de le servir dans un restaurant à cause de sa couleur de peau. En fait il avait tout simplement égaré sa médaille. Aux Olympiades, on lui offrit aussi une médaille d'or pour remplacer celle qu'il avait gagnée en 1960.

Cassius Clay devient Muhammad Ali

Cassius Clay rencontre Malcom X, surnommé Satan, prêcheur de Nation of Islam. Malcom X est devenu musulman en prison, pour vol et port d'arme, en contact constant avec Elijah Muhammad, homme fanatique, pervers et peu recommandable.
L'organisation a une idéologie marquée par trois thématiques principales : une forme très hétérodoxe d'islam, un vigoureux nationalisme noir (revendication d'un État pour les noirs dans le sud des États-Unis) et un total rejet des Blancs considérés comme l'incarnation du démon sur la terre. La citation suivante d'Elijah Muhammad, illustre cette pensée :

« Nous avons vu la race blanche (démons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles […], jusqu'à ce qu'ils aient été découverts. […] Ils ont été punis en étant privé des conseils divins […] presque ravalés au rang des bêtes sauvages. […] sautant d'arbre en arbre. Les singes en procèdent. […] Avant eux, il n'y avait rien comme les singes et les cochons25. »

Nation of Islam a toujours été reconnue comme violente et à l'origine de "racisme", de violence et de l'idéologie de la suprématie noire.

Malcom X contactera Cassius Clay qui deviendra d'abord Cassius X pour, comme Malcom, signifier le rejet de son « nom d'esclave » en l'absence de son véritable nom d'origine africaine. Voilà dans quel genre de mouvement s'engage Cassius Clay.

On voit déjà que les protagonistes vont chercher loin dans l'Histoire et sont loin d'une envie de pacification et de réconciliation. Les desseins sont tout autre.
On le voit directement puisque Malcom X sera le seul musulman à le soutenir avant un combat, AVANT qu'il ne reçoive le nom de Muhammad Ali d'Elijah Muhammad, chef du mouvement. On est loin de la belle lutte pour l'égalité des droits entre citoyens américains!!! Il ne s'agit plus apparemment de lutte de frères "noirs" contre les "méchants blancs" mais de "musulmans" contre les autres.

On en arrive naturellement à ce qui a encore été vanté avec ferveur sur les plateaux de télévision, le fameux refus de combattre au Vietnam. Et cette phrase que l'on résume, la larme à l'oeil par: tout est dit! "aucun Viêt-cong ne m'a jamais traité de sale nègre."
Personnellement cela me fait grimper aux murs. D'abord parce que cette phrase est pleine de mots blessants et qu'elle va totalement à l'encontre de ce que Muhammad Ali prêche ou qu'on veut nous faire croire aujourd'hui encore.
En effet, Viêt-cong est une homonymie. Une dénomination péjorative utilisée par les adversaires du Front national de libération du Sud-Viêt Nam. Donc, on peut raisonnablement penser que Muhammad Ali se considère comme un adversaire ou alors, il ne sait pas ce qu'il raconte, ce qui est grave pour une personne qui se fait écouter et vénérer par des millions de gens dont des jeunes. Le mot "nègre" n'a guère sa place non plus et de plus que sait-il de ce que pense l'ensemble des Vietnamiens? Un peu du n'importe quoi.
Ensuite, l'argument de l'insulte personnelle pour participer à une guerre ou non est un peu bizarre d'autant plus qu'une guerre n'est jamais faite parce qu'un boucher d'Asie aurait insulté un boulanger d'Amérique.

Il faut surtout retenir l'affiliation de Cassius-Muhammad à Nation of Islam. Le précepte du très contesté Elijah qui proclame en effet à l'époque que tous les non-blancs sont opprimés par les blancs, et qu'il n'y a aucune raison pour que les Afro-Américains combattent pour leurs oppresseurs blancs. Elijah Muhammad n'est pas pacifiste, mais il a affirmé que la seule guerre à laquelle les Afro-Américains devraient participer serait la prochaine « bataille d'Armageddon » dans laquelle les noirs réaffirmeraient leur supériorité légitime.
Une bataille s'engage aussi entre Malcom X et Elijah Muhammad autour de Cassius-Ali. Son argent et sa notoriété servent le mouvement.
Muhammad Ali se tourne vers Elijah et Nation of Islam alors que Malcom X fonde un nouveau mouvement et se tourne vers l'islam sunnite. Il sera assassiné en 1965.
Muhammad Ali regrettera son geste à la mort de Malcom X. En 1975 il quitte Nation of Islam et se tourne vers l'islam sunnite. En 2005, il se tourne vers le soufisme.

De tous ces groupes décomposés et recomposés depuis les années '60, il n'est pas difficile de voir comment en utilisant cette stupide idéologie du racisme, on a en fait permis l'installation de cellules islamistes radicales aux Etats-Unis et partout dans le monde.

Quant à  Cassius - Ali, je regrette qu'il n'ai pas été plus fier de qui il était et que sa vie n'ait été en fait qu'un long combat contre lui-même et qu'il ait été utilisé tant par Nation of Islam que par certaines organisations. A moins que ce furent ses réelles convictions?

J'ai tenté, au travers de l'exemple de cet admirable sportif, d'expliquer que nous devons rester vigilants avant d'admirer quelqu'un ou de laisser nos enfants l'admirer. Que nous soyons certains de bien faire la part des choses, de distinguer les performances sportives ou artistiques d'un personnage et de ne pas assumer que par conséquent ses pensées personnelles ou ses actions politiques sont également admirables ou dépourvues de conséquences, qu'il en soit conscient ou pas. Il est de notre devoir de veiller à transmettre à nos enfants cet esprit critique pour qu'ils n'adulent pas des faux-héros, des idoles de pacotilles qui les rendent vulnérables. Nous en avons la vision aujourd'hui, tous les jours dans notre société. Nous sommes apeurés et mécontents mais il est de notre devoir de changer les mentalités en cessant de transmettre de fausses idéologies et en omettant de parler de l'analyse d'un discours, d'un texte, d'un reportage.

Magy Craft










Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

L'intention ne doit-elle pas l'emporter par rapport au résultat ?

Johnny est toujours dans le coffre et guess who's coming for dinner ?

Notre dernière volonté nous appartient-elle encore ?