Compassion - cum patior

Bonjour à tous les Craftiens,


La compassion du latin "cum patior": je souffre avec.
La compassion, un mot désuet, provocant, à connotation religieuse, qui inspire la faiblesse ou encore la confusion avec la pitié?
Comment pouvons-nous comprendre la compassion aujourd'hui?

Au XVII° siècle, Jean De La Bruyère disait: " Une grande âme est au-dessus de l'injure, de l'injustice, de la douleur, de la moquerie; elle serait invulnérable si elle ne souffrait par la compassion." (Les caractères, de l'homme.)

Ce sentiment qui nous rend sensible aux malheurs et à la souffrance de l'autre ne doit pas être confondu avec la pitié qui induit l'indulgence pour la faiblesse de l'autre ou encore la condescendance. La compassion porte une personne à percevoir ou ressentir la souffrance de l'autre et la pousse à vouloir y remédier.
En Europe, la compassion est souvent associée à la pitié, sans doute à cause de la compassion du Christ et d'une Europe à l'Histoire judéo-chrétienne. Or, l'Eglise n'est pas la seule à pourvoir s'approprier ce sentiment humain des plus nobles.
Dans le rejet de la religion en ces temps modernes et sans contre-partie, l'Homme a oublié le sens du mot compassion et la gauche l'a pauvrement remplacé par "égalité", "solidarité", "dignité" mais aucun de ces termes n'a sa profondeur et sa sensibilité.
Montaigne disait très bien: "(...) Si est la pitié, passion vicieuse aux Stoïques: ils veulent qu'on secoure, les affligés, mais non qu'on fléchisse et compatisse avec eux."
Pour Kant, la compassion doit être un amour pratique basé sur la volonté.
"Karuna" dans le Bouddhisme, est l'une des ses valeurs fondamentales. Elle compte parmi les facultés spirituelles d'amour appelées les "quatre incommensurables".

Et nous aujourd'hui? Quel regard portons-nous sur la compassion? Nous sentons-nous à l'aise avec ce sentiment? Evitons-nous le terme?
Une certitude, nous devons changer nos comportements. Et tout commence par nous-même.
Pour agir avec compassion, il nous faut agir envers autrui comme nous agirions envers nous-mêmes. Dès lors, il faut commencer par avoir de la compassion pour notre personne et nous traiter avec égard et respect. Il est impossible d'aider lorsqu'on est soi-même en pièces détachées. Les émotions sont contagieuses. Il faut donc être bien avec soi pour s'ouvrir à une conscience plus grande que sa personne uniquement. Analysons nos côtés sombres car ce sont souvent pour ces caractéristiques que nous attaquons les autres. Si nous nous traitons mal ou durement, nous ferons probablement de même avec les autres.
Nous nous apercevrons très vite que la compassion est une "activité" humaine naturelle.

La peur est aussi un grand obstacle. On craint d'y être pris au piège. On a peut-être eu une mauvaise expérience et on tente de se protéger. La compassion est un sentiment qui nous prend au dépourvu, qui est antérieur à toute réflexion et quand l'expérience a été mauvaise, on se referme, on ne veut plus se laisser attendrir, "l'autre ne profitera plus de moi", un peu comme dans un relation amoureuse. Doit-on, dès lors, se priver de tout amour et pour toujours?
La compassion est-elle une faiblesse? La compassion invite-t-elle à un "non-changement"?

Quand les médias nous montrent des photos de corps mutilés, d'enfants affamés, s'interrogent-ils, comme la photographe Susan Sontag, sur ce que signifie "regarder la douleur" des autres et le faire à travers les potentialités du moyen photographique?
Et nous, spectateurs, sommes-nous dans la compassion par la vision et l'écoute ou sommes-nous dans l'indifférent voyeurisme ou le choc momentané?
La souffrance est devenue un spectacle. Un spectacle diffusé sur toutes les chaînes, dans divers programmes et parfois en continu pour un drame "particulier".
Il faut connaître l'histoire sordide de l'autre. Quel est le but en définitive? L'information? Vraiment?
Nous ne sommes plus dans une culture de l'écoute mais dans une culture d'images sous drogues psychédéliques. Avons-nous encore la capacité de vivre la compassion?

La compassion n'est pas de faire nôtre la souffrance ou la misère d'autrui, c'est de la voir, la comprendre, la partager mais non d'en prendre une part. Il y a cette tristesse causée par la peine d'autrui.
Doit-on lier la morale au sentiment de compassion? Que resterait-il, dès-lors, de l'Humain? On ne connaitrait que les rigueurs des lois et ses principes mécaniquement appliqués.
Il faut nous tourner vers la compassion active car une compassion sans action serait bien pire que l'indifférence.
Pour exprimer la compassion nous avons besoin de modèles et d'une culture, d'une société compassionnelle.
Ce n'est pas être victime d'une farce, d'un abus. Dans une interdépendance bien comprise, on est tous concernés, on a tous à y gagner.
Comme pour toute chose, comme pour tout changement, tout commence par soi. Dans "Quand la terre tourne carré", j'évoquais la facilité de se retrancher derrière le leitmotive "et si je suis le (la) seul(e) à agir, cela ne servira à rien!".
Il ne faut pas non plus imaginer des actes héroïques ou impossibles. Un bouleversement se fait souvent au départ d'une chose simple, d'un acte anodin et évident. En posant cet acte simple et évident, ne fut-ce qu'une fois par jour, notre quotidien, le quotidien de l'autre, le quotidien de la société  en sera autant modifié que d'actes seront posés et nous sommes des milliards!
Gardons en mémoire que nous sommes en constante interaction pour le pire et le meilleur, pourquoi ne pas choisir le meilleur?
Ce que nous reprochons aux autres, les autres nous le reprochent. Ce que nous reprochons à nos élus, c'est ce que nous acceptons de voir se réaliser au niveau individuel malgré le reproche collectif. Notre côté sombre?
Ce que nous reprochons à la société, c'est ce que nous nous reprochons car la société, c'est nous!

Apprenons simplement à traiter l'autre comme on aimerait être traité. On ne doit pas être un Saint, ni être aveugle mais être ouvert à une autre vision du monde.
Nous pouvons nous inspirer de nos propres expériences et souffrances pour comprendre et trouver le remède. (La mort d'une personne aimée, une parole blessante, un rejet dû à une différence, des échecs, etc).
Il ne faut pas se souvenir pour s'apitoyer sur son sort mais pour grandir, faire sa résilience et être dans la capacité d'offrir et de ressentir la compassion.
Vivre le moment et être à l'écoute au lieu de courir après des chimères. Et surtout, quand nous écrivons des messages de révolte, de dégoût, de colère sur les réseaux sociaux, que nos mots, nos pensées s'accompagnent d'actions; c'est cela la compassion. La cohérence du coeur.

Combien sont offusqués, outrés par la situation en Chine en matière des Droits de l'homme? Mais qui ne regardera pas les JO de 2022? Qui n'achète pas les produits "made in China"? Qui s'adresse à son gouvernement quand ce dernier interdit au Dalaï Lama de venir officiellement dans son pays pour éviter des problèmes commerciaux avec la Chine?

Combien sont scandalisés, horrifiés par le génocide des peuples amazoniens? Mais qui a demandé des compte aux présidents des Etats concernés? Qui a boycotté les produits des entreprises incriminées?

Combien ont pleuré ou ont été choqués par les conditions de travail des ouvriers en Inde, inclus des enfants? Qui fait attention aux vêtements ou produits qu'il achète?

Il y a des centaines d'exemples qui démontrent que la compassion sans action est bien de l'indifférence. Un vaste show pour notre conscience sociétale en perdition.

Suivez votre coeur, surmontez votre peur et l'autre en fera autant pour vous.

Il y a ceux qui sont dans l'incapacité d'entendre et de ressentir car ils sont dans l'incapacité de s'entendre et de s'aimer. Ils restent enfermés dans la peur et parfois même dans leur côté obscur. Pour ces derniers, on ne peut pas grand chose mais il serait navrant que pour eux, nous laissions l'obscur rester en première place. Notre monde est gouverné par l'obscur et je trouve cela lamentable.


Magy

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