En panne de civilité?



Quel regard porter sur notre société? Quels sentiments mitigés nous inspire-t-elle?
Sommes-nous en panne de politesse et de civilité? Ces ingrédients sont-ils incompatibles avec l'idée que certains se font de l'égalité ou que d'autres nous vendent comme idéal politique et sociétal?
A partir du moment où le principe hiérarchique est révoqué, vers quoi doit s'orienter le respect humain que la politesse traduit?
La politesse devient soupçon, dès le XIX° siècle, de snobisme, de nostalgie de la noblesse, d'arrivisme, etc...
C'est un phénomène qui existe là où les peuples ont voulu briser une élite qu'ils enviaient malgré tout. Elite dont ils ont pris la place mais sans les manières, sans la politesse. Est-ce l'une des raisons pour lesquelles on voit fleurir les écoles où l'on enseigne non seulement l'éducation et le maintien mais aussi l'étiquette? Tout simplement parce que le monde que l'on a détruit avec ses codes de maintien, qui équivalent à un certain ordre, est un monde que l'on a recréé et dans le lequel on veut vivre différemment de ceux avec lesquels on a détruit le précédent.
En France, selon Philippe Iribarne, la fierté républicaine doit s'accommoder d'un fait vexant: les meilleures manières ne sont pas les siennes, mais celles d'un régime qu'elle avait mis à bas.

Est-ce pour cette raison que partout où règnent les républiques, les citoyens critiquent le comportement de leurs dirigeants et rêvent devant leur poste de télévision face aux images des stars qui se glissent vulgairement dans la position et le faste qu'occupaient la noblesse ou les gens éduqués.
Tout en critiquant le manque de "classe" de l'un de leur président et l'éclat du nouveau riche d'un autre, ils s'extasient du mariage ou des frasques des familles princières et royales.

On entre dans l'ère des moeurs égalitaires. On ne comprend plus le protocole. Mais égalité doit-elle signifier manque de codes et de politesse?
Ces codes ne sont-ils pas une forme de cohésion entre les membres d'une société? Cette cohésion est perdue à présent. Cette perte se fait sentir dans tous les domaines et tous les secteurs de notre société.
Il faut absolument en comprendre à nouveau le principe et avoir la connaissance du monde pour rétablir le respect et une société digne.
Nous ne nous sentons plus obligés de connaître nos contemporains et le manque de connaissance engendre l'effondrement d'un ordre. Tout se réduit à une vie sans information sur l'origine, les exploits, les méfaits, les ancêtres. Le privé est plus captivant que l'anthropologie.
Nous avons franchi une frontière qui laissera des traces et qui nous a tiré vers le bas.
La politesse se transmet, elle n'est pas innée. Elle se concentre dans le domaine éducatif et dans le cercle familial. Elle est aussi l'objet d'une vigilance collective. Elle concerne surtout les jeunes qui doivent tout apprendre et les migrants qui possèdent une autre culture et doivent s'ouvrir à de nouveaux codes. Comme indiqué auparavant dans le texte, nous-mêmes devons réapprendre la connaissance du monde.
Il ne faut pas nécessairement remettre au goût du jour les maniérismes ou tournures verbales désuètes. Ce n'est pas de cela dont il s'agit; que l'on se comprenne bien. Il s'agit de remettre au coeur de nos valeurs la politesse et la civilité en les considérant comme des garde-fous aux désordre en tous genres et comme limites aux dérives comportementales personnelles et par conséquent sociétales. On a eu tort de croire que la politesse et le savoir-vivre étaient un carcan qui empêchait l'être d'accéder à "sa liberté". En s'affranchissant des règles de la bienséance, l'homme ne s'est nullement affranchit des règles que lui imposent la société ou divers systèmes. Il a simplement méprisé son contemporain et ce dernier lui a rendu la pareil. Les comportements de chacun sont devenus plus bruyants, plus injurieux, plus agressifs, plus incivils, plus irrespectueux envers l'autre et envers l'autorité qu'elle soit parentale ou autre. Ce laisser être ou laisser vivre inculqué depuis l'enfance est mal appliqué. Le respect de l'essence d'un être ne doit pas être confondu avec le manque d'obligation à ses devoirs à moins de le destiner à être ermite sur une île déserte.
Par ailleurs, on entend de toutes parts que des plaintes formulées en ce sens mais qui est prêt à se remettre en question, à se reformer et à éduquer, à transférer?
Nous ne réagissons toujours que lorsque tout tombe en lambeau. On a même entendu dire que la politesse était une forme d'hypocrisie ou que la politesse n'était pas "cool".
Est-ce s'effacer que de respecter? Pour être respecté, il faut soi-même avoir la capacité et la volonté de respecter autrui.
Citons Emmanuel Levinas qui dit: "La civilité ne se réduit pas à l'art de feindre et elle en sait plus sur nous que le soupçon n'en sait sur elle."

Toute cette violence qui nous entoure et qui commence dans les cours de récréation, celle qui n'a plus rien à voir avec les coups de pied et les queues-de-cheval que l'on tire. Cette violence n'est-elle pas une régression de notre civilité sociale? Incivilité qui récuse l'existence de l'autre et que plus aucun transfert de codes ne modifie. Nous somme tous touchés, acteurs comme témoins, car les valeurs sont inexistantes pour les uns ou non respectées pour les autres.
Ainsi naît la peur.

Et pourtant, paradoxalement, si le rejet de la politesse et de la civilité se voulaient naïvement la reconnaissance d'une égalité au départ, il demeure que chacun souhaite "gravir les échelons", "garder son rang", "s'élever dans la société", .... bref avoir et garder ses privilèges.
Dans la crise économique sans fin que nous vivons actuellement, il n'a jamais autant question de "classe sociale". Aujourd'hui, il est si important, si vital de citer son métier afin de décliner son rang, son statut social. Cette place détermine ce qu'on peut faire, ce à quoi on a droit, aux coutumes liées à cette place. Il n'y a plus de petit "de" mais l'idée n'a pas été annihilée par les baïonnettes.

Pour avoir une totale égalité, il faudrait que l'homme ne soit plus égoïste, qu'il pense son moi autrement. Quelques uns peut-être, toute une société? Impossible!
Notre société est frustrée et mécontente parce qu'elle met en opposition un idéal égalitaire et une incivilité "libératrice" face à des pratiques égoïstes et des différences inévitables dans le vécu. La classe politique, loin d'être un modèle, est dans l'incapacité d'offrir une société ou chacun serait valorisé et respecté pour son savoir, son talent, ses compétences, ce qu'il apporte. (voir -  Quand la terre tourne carré).
Les gens sont impertinents parce que les politiques et les médias le sont. Ils manquent de pertinence étymologiquement. L'anarchisme comportemental est devenu une valeur mais on voudrait qu'elle ne soit qu'individuelle. Car lorsque la majorité des citoyens applique le non-respect des valeurs minimales de politesse et de civilité et d'éducation, nous nous trouvons dans une société violente, inepte et donc indésirable.
La transgression négative ne peut être le ciment d'une société. Il faut accueillir les changements car ils sont une nécessités à toute évolution mais nous ne pouvons détruire d'un bloc toute cohésion sans roue de secours.

Magy




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