Les passeurs: passeurs d'âmes ou guides vers la liberté?

Voici un sujet qui nous met, à nouveau, face à pas mal de contradictions. Si on s'arrête à une version tout va bien mais si on est attentif aux différentes versions des acteurs de notre société, on se rend compte que le "problème" des passeurs, et des réfugiés conséquemment, ne trouvera pas une résolution à court terme.

Il est dans le vent de faire le procès et la guerre aux passeurs, chez nous actuellement, dans le cas particulier du passage des migrants d'Afrique cherchant à rejoindre l'Europe (principalement l'Union européenne, dont le Royaume-Unis faisait partie il y a peu encore).

Qu'est un passeur? c'est une personne qui fait passer clandestinement une frontière, une zone interdite, les lignes ennemies à quelqu'un (ou quelque chose) ou une personne qui fait passer frauduleusement une frontière à quelqu'un ou à quelque chose (drogues, armes, etc)

Maintenant les fils vont commencer à se mêler et on va aller de contradictions en paradoxes sans que cela ne semble gêner ceux qui publient ou qui s'expriment face à une grande audience. On lit et on entend, donc, régulièrement que les passeurs sont des assassins mercantiles qui profitent de la guerre pour dépouiller de pauvres victimes et qui sans coeur, sans pitié les entraînent dans un voyage de la mort vers une terre promise qui les attend les bras ouverts. Les réfugiés politiques, économiques, et autres découvrent une toute autre réalité. Ils découvrent une Union européenne désunie qui les ballade de gauche à droite avec en toile de fonds un tas d'organisations qui vocifèrent pour des droits non respectés, des conditions de vie lamentables, des délais de suivi de dossiers trop long, etc Il n'est pas tenu compte que les personnes qui s'adressent aux passeurs ont réfléchi à la question, connaissent les risques (s'ils connaissent tout des pays d'accueil y compris la législation, on peut présumer qu'ils connaissent les histoires des passeurs). Cela ne veut pas dire qu'il soit normal que les passeurs s'organisent en "entreprises" d'êtres humains, néanmoins on ne peut pas non plus infantiliser les réfugiés, de surcroît nous embarquer dans une bataille qui est plus complexe qu'elle ne semble et qui pourrait être encore plus préjudiciable pour les humains qui tentent de fuir un péril ou un autre. Alors, que dans la majorité des cas nos pays sont co-responsables, avec les gouvernements des pays concernés, des problèmes (et c'est un euphémisme) qui sévissent un peu partout dans le monde, nous empêcherions dans un même temps aux victimes de s'évader de cet enfer sans leur proposer une autre possibilité. Et cela en prenant comme prétexte les droits de l'Homme ou leur sécurité! Un comble!
Face à cela, nous avons les citoyens qui scandent le même laïus de honte par rapport aux actes des passeurs et pleurent les enfants noyés en mer. Dans le même temps, ils sont de plus en plus attentifs aux discours populistes qui plaident pour un repli nationaliste, une fermeture des frontières et qui surfent sur les coûts engendrés par une telle affluence en pleine crise économique. Les experts et les médias vont dans tous les sens selon le climat et les politiques restent hypocrites et dans l'incapacité de donner priorité à ce qui résoudrait les conséquences qui font exploser le budget (pas la cause comme à l'accoutumé). Car cette histoire est sans fin. Pour rassurer, culpabiliser ou on ne sait dans quel but, une certaine presse nous a même fait la comparaison avec la Grande guerre et que la critiques des réfugiés Français et autres étaient la même que celle que nous émettrions à l'encontre des réfugiés d'aujourd'hui. Sans entrer dans les détails d'un sujet déjà maintes fois et magistralement détaillé par des spécialistes en la matière, on peut néanmoins répondre à cela qu'il s'agissait d'une guerre déclarée entre pays coalisés, sans fond de terrorisme importé de l'étranger ou ayant des viviers sur le territoire des pays en guerre. Que les passeurs existaient, que certains étaient rémunérés. Les réfugiés comprenaient des civils qu'on évacuait pour "libérer" les zones de combats, des résistants qui devaient passer en zone libre ou dans les pays avoisinants, etc... Le contexte et les participants étaient bien différents ainsi l'évidence d'un retour au pays en masse après la guerre, ce qui semble moins que probable pour les réfugiés climatiques et économiques dont nous favorisons l'exode de part notre comportement belliqueux et inconscient.

Les passeurs ont toujours existé et ils existent partout dans le monde. Partout où la guerre, la pauvreté et la dictature sévissent les passeurs ont leur raison d'être. Ils existent au Mexique pour y faire entrer les réfugiés des autres pays d'Amérique latine et pour le passage du Mexique vers les Etats-Unis. Des centaines de milliers de personnes font le voyage pour un prix entre 1000 et 10.000 dollars selon la destination et l'origine de la personne. Des milliers meurent chaque année. La politique d'immigration des Etats-Unis est-elle une réussite même sous Obama? Il suffit d'admirer les magnifiques murs et barbelés qui bloquent les chemins des villes frontières.

 Le gouvernement mexicain, fait comme nous, il proteste sur le traitement dont souffrent les immigrants sans papiers aux Etats-Unis, mais il est peu attentif aux personnes qui traversent son territoire. Nous aussi, nous critiquons ce qui se passe ailleurs mais nous fermons les yeux sur ce qui se passe chez nous. C'est sans doute pour cette raison, que l'Union européenne n'a pas tenue face au nationalisme, nos politiques ont été faibles et ont préféré se "balancer" les réfugiés comme au bon vieux temps du séparatisme. Tout en critiquant les extrémistes, tous ont adopté une politique de division.

Maintenant que tout le monde est d'accord pour faire la guerre aux passeurs, doit-on comprendre qu'il s'agisse d'une façon détournée de refuser les réfugiés? Ou propose-t-on d'effectuer des convois sécurisés monnayés par l'UE pour aller chercher tous les demandeurs d'asile? Il faudrait qu'on nous l'explique clairement. Sinon, les chichis pour les réfugiés sont bien hypocrites. Il est évident que le plus simple serait que toutes ces personnes n'aient pas à quitter leur pays. Est-il normal que l'hémisphère nord de la planète recueille de plus en plus de réfugiés politiques, économiques, climatiques parce que nous sommes incapables d'élire d'autres personnes que des fanatiques qui sont doués pour la surenchère de force et d'intimidation afin de tenir leur rôle dans un système qui est obsolète. Si rien ne peut faire changer la mentalité des gens et des dirigeants, il y a au moins une chose qu'ils ne peuvent nier c'est bien la démographie mondiale galopante. Nous avons vraiment intérêt à trouver une autre façon de cohabiter, de produire et de partager si nous voulons survivre.



Magy Craft


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