La dé-moralisation de la société

Hier, accablée non seulement par la chaleur mais surtout par la combinaison humidité-manque d'air, votre Magy écoutait vaguement les yeux mi-clos (genre caïman), dans son club en cuir style anglais (juste pour énerver les satellites qui alunissent de temps en temps et bombardent la zone en ratant la cible), donc écoutait l'une ou l'autre émission de nos amis français, le zapping étant à l'honneur, le cerveau en compagnie des abonnés absents, quand soudain une phrase terminée par un marmonnement attira son attention. Peut-on la considérer comme plus grave qu'une autre, plus que tout ce qu'on doit entendre jour après jour? Sans doute pas. Par contre, elle fait partie de ces symptômes que votre Magy met en évidence régulièrement, elle fait partie de la manifestation de la dégradation du respect que nous accordons aux lois qui régissent la société et qui protègent ou défendent les personnes physiques et morales. N'oublions pas notre chère schizophrénie toujours patente puisque dans le même temps les citoyens réclament davantage de contraintes.

Nous parlerons de la présomption d'innocence.

Il nous faut comprendre par l'attitude de divers acteurs de la société que la présomption d'innocence ne s'applique plus qu'à certains individus et que pour d'autres, livrés à la vindicte populaire, seule la présomption de culpabilité fait foi.

Or, la présomption d'innocence appliquée dans la plupart des pays d'Europe et dans l'Union européenne se base sur l'article 11 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
L'article 11 mentionne même :
"Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis. »
et
 l'article 9-1 du code civil français, créé en 1993, pose le principe de la présomption d'innocence :
« Chacun a droit au respect de la présomption d'innocence. »
"Il peut prescrire toute mesure telle que la diffusion d'un communiqué. Dans l'article 177-1 du code de procédure pénale, il est précisé que le juge d'instruction peut ordonner la publication intégrale ou partielle de sa décision de non-lieu, même par voie électronique. Elle est faite soit à la demande du ministère public, soit d'office. En matière de presse, la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881  introduit la possibilité pour une personne d'insérer un droit de réponse dans un journal l'ayant présenté comme coupable."


On comprendra que votre Magy pense aux personnalités politiques et à l'intention dans beaucoup de pays, dont la France, de mieux encadrer les élus dans la gestion des fonds publics et de faire au mieux pour que "les vieilles habitudes" disparaissent. Cela répond à une demande citoyenne et cela fait partie des arguments des groupes d'opposition (à tour de rôle) tant qu'ils ne sont pas au pouvoir.
On comprendra, comme votre Magy l'a écrit dans un article précédent, que cette bonne intention est aussi du pain béni pour les opposants et pour ceux que votre Magy nomme les déviants de la société. En effet, au lieu de favoriser le développement et le perfectionnement de ce nouveau cadre, les opposants embourbés dans des problèmes ont "anonymement" alerté la presse ou n'importe qui d'autre sur une éventuelle affaire (même si les éléments semblent probants) concernant un élu (des élus) membre du (d'un) gouvernement, qui s'est empressé de diffuser l'information publiquement créant une cabale conduisant à la démission de ministres.

Ce qui est important c'est d'abord de soupeser la diffusion d'une information, cela s'appelle le bon sens. Il s'agit de savoir aussi ce qui doit primer selon l'importance des faits. Les faits en eux-mêmes et dans quel contexte (quelle période) ceux-ci ont eu lieu et/ou le droit fondamental à la présomption d'innocence. Est-ce que cette diffusion pourrait avoir un impact sur la gouvernance d'un pays et le bien général de la société (stabilité) par rapport à la nécessité de devoir moralement passer outre un droit fondamentalement pour éviter un drame politique ou sociétal dans un cadre précis?

Le fait que des actes supposés (s'agit-il de délits, pratiques, crime ??) soient livrés au public entache inévitablement la réputation d'un individu. Aucune "réparation" financière ne peut réparer une telle offense, un tel mal quand à la fin de la procédure juridique (si on va même jusque là) la personne est blanchie de tout soupçon.
Les nombreux débats sans fin et sur une multitudes de chaînes de télévision, les grands titres dans la presse alimentent de manière infondée les esprits faibles et ajoutent de l'eau au moulin à ceux à qui cela sert vraiment. Dans ces débats, émissions où à la place des analyses, on trouve beaucoup de supputations, d'allégations, de sous-entendu, de clins d'oeil et de procès d'intention, la réalité fait place à la fiction et on se permet par la suite de se déculpabiliser, de se victimiser et de refuser toute introspection. Il est vraiment temps de nettoyer les écuries car tout le monde journalistique en pâti et il finira par perdre de sa crédibilité dans son entièreté tout comme le monde politique qu'il coule en le prenant comme un feuilleton télévisé.

Les citoyens ne seront pas épargnés car s'ils demandent un progrès dans l'attitude de leurs élus, ils n'ont aucun droit de contourner les lois et d'être incohérents. Il faut bien commencer un jour, quelque part, déjà écrit aussi, et si la jurisprudence de la démission ministérielle est née de Pierre Bérégovoy lors de ennuis Tapie et suivie ensuite par ses successeurs, elle n'est en rien une règle écrite mais inventée par ce ministre socialiste. Il n'y a par ailleurs pas d'équivalence chez les parlementaires car ils ont leur immunité. Ils peuvent cependant être empêchés par le conseil constitutionnel.

C'est donc bien une "mode" populaire et médiatique qui s'est instaurée un peu partout et qui a donné priorité à l'invention et la vindicte avant les droits fondamentaux de l'individu.
Est-ce notre choix de société?

Il faut frapper au bon endroit. Là où les règles et les lois sont utilisées à mauvais escient c'est-à-dire dans les pays où les régimes durs ont pris le pouvoir "démocratiquement", on n'entend rien de tel de la part de ces délateurs et journalistes et pourtant pas besoin de supputations ou de procès d'intention. Ils ne le font déjà pas assez dans leur propre pays. Il y a et il y a eu des cas très graves notamment en Belgique qui allaient bien au-delà d'un emploi fictif ou de quelques milliers d'euros sur des années sans qu'aucun acteur de la société ne bouge malgré des appels divers et des articles.... C'est vraiment triste.

C'est vrai qu'enlever la moralité dans la politique et dans nos Institutions c'est ouvrir la porte au chaos mais enlever la moralité dans la société c'est aussi ouvrir la porte à la malveillance, au désordre, à l'anarchie, aux abus, c'est hypothéquer notre avenir.

Magy remercie encore et toujours tous les professionnels qui nous informent correctement, qui soulèvent les vrais lièvres et qui savent prévoir les schémas. 

Magy Craft




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